Cure de défranglai-isation

(la prochaine fois,  cure de « dénéologism-isation », promis).

Vous avez remarqué ce fameux phénomène qui sévit dans tous les réseaux sociaux ou blogs ? (bon, on va se limiter à la Toile, hein). Oui, c’est bien ça. Je parle de ces gens qui s’expriment soit totalement en anglais, soit en hachis parmentier de canard (le mélange des deux langues, quoi). Ok, il y a de la mauvaise foi dans l’air, moi aussi j’use et abuse du franglais. Même mon précédent article sur la malédiction du Laptop le montre.

Cependant, je sais que je ne suis pas la seule qui souffre de cette maladie littéraire. Alors, je vous propose de suivre la cure que je subis actuellement.

Etape 1 : identifier les problèmes
Comme pour toutes les cures de désintox,  il est important de savoir pourquoi nous sommes là. Que se passe-t-il exactly exactement ? Mais pourquoi donc s’acharner à adopter la langue de Shakespeare, quitte à massacrer la sienne ? Parce que parler en alternant 2 langues vivantes, c’est So 2011. Parce qu’on a arrêté de zieuter les séries en VF mal doublées sur M6, on regarde chaque nouvel épisode chaque semaine, en VOSTFR (ou VO pour les courageux). Et parce qu’on trouve que ça fait joli de se la jouer bilingue-pour-un-sous.

Vous trouvez que c’est bien, vous, cet usage du franglais ? Ca dépend de l’usage, je dirais. Parce que trop de franglais tue le franglais. J’ai des amis sur FB, dans le genre super complexé, qui n’écrivent qu’en anglais sur leur mur. Vous avez beau leur dire « alors, ça était le partiel de finance ? », ils vont vous répondre « Honey, that was aaaawful », plutôt que de dire « non mais attend, c’était trop dur quoi. ».  Toutefois, ça devient plus drôle (enfin, méchamment risible) quand la personne s’y croit tellement, qu’elle oublie qu’elle a fait une grosse faute d’ortographe qui prouve qu’elle n’est pas bilingue du tout. Genre : « Well…I don’t think. ». Et le « so », tu le mets où ???

Et l’usage du franglais en hachis parmentier de canard, à la Jean-Claude Vandamme, ça aussi c’est terrible, parce que ça foire parfaitement le sens de la phrase. Par exemple, toujours après ma question de tout à l’heure, le franglais en hachis parmentier de canard serait « Oh dear, me parle pas de ça. J’étais mais complètement lost, mais genre upset quoi, le crazy sujet qu’on a eu, omgbg, je te dis pas. You know what I mean ? » Et là, vous avez trop envie de lui dire « non ».

Etape 2 : Exécuter le traitement proposé.
A toute bonne cure, un bon traîtement.
Le spécialiste vous prescrit d’abord une bonne dose de Proust. Vous savez ? Le genre « vraie littérature française ». Hop, vous filez à la bibliothèque emprunter A l’ombre des jeunes filles en fleur (et faire une carte d’emprunteur en même temps). Vous vous installez confortablement dans votre lit, un paquet de gâteaux à côté, vous commencez la première page, la deuxième page mais vous somnolez un peu à la dixième, parce que honnêtement, en tant qu’habituée de « Chick Lit », vous n’avez pas bien compris de quoi il était question depuis le début. Et tiens…une copine vous appelle pour parler de son ex qui n’arrête pas de la harceler. Well, en bonne amie, vous DEVEZ aller la voir pour en parler. Allez, pause, vous recommencerez ce soir. Seulement, vous vous dîtes ça tous les soirs. Et quelques semaines plus tard, vous êtes obligée de rendre ce fichu bouquin à la bibli. Déçue devant si peu de résultats, vous revenez vers votre spécialiste.
Il vous conseille alors de vous incruster dans les lectures cours d’amphi des facs de lettres. De préférence, un cours qui parle de littérature française. Positive et gonflée à bloc, vous vous dîtes qu’en plus vous rencontrerez un tas de beaux mecs. Vous filez donc avec grâce à la fac de Lettres de votre ville. Bizarre, il n’y a personne. Ah si, quand même une vingtaine de personnes arrive maintenant. Enfin, genre 18 filles et 2 garçons (bye, le projet de rencontre des beaux mecs). Le prof commence, il parle d’une princesse qui vient de Clèves. Tiens, ça a l’air intéressant ! La pauvre quand même, à être obligée de vivre avec l’homme qu’elle n’aime pas à cause de sa stupide défunte mère. Vous demandez discrètement à votre voisine de table : « c’était qui déjà la Princesse de Clèves ? C’était pas la maîtresse de Napoléon ? ». Celle-ci vous regarde d’un air désolé et répond « c’est un personnage d’un livre…t’es pas d’ici, toi, non ? ». Dammit grillée. Un peu honteuse devant si peu de culture, vous répondez méchamment « et toi, tu sais quelles sont les 5 forces de Porter au moins ? » et vous quittez l’amphi pour retrouver encore une votre médecin.
Le spécialiste devient un peu crazy dingo, parce que ses méthodes, ben, elles ne marchent pas. Il vous conseille une dernière chose : vous pincer le bras à chaque fois que vous direz un mot anglais dans une phrase. C’est ça. Et tomber dans la scarification en sus ? Non merci. Vous le remerciez gentiment et sortez, en pensant que vous veniez de gâcher une belle somme pour un pseudo-médecin (bien que les pseudo-quelque chose ne soient pas toujours nuls. Cf. le film Le discours d’un Roi).
Vous cherchez une solution et soudainement, illumination !

Etape 3 : la reprise de soi.
En fait,  vous vous rendez compte d’une petite vérité. Et c’est peut être pour ça que votre pseudo-médecin était génialissime en fin de compte.
En réalité, le franglais en hachis parmentier de canard peut être bien aussi, quand c’est tempéré. Il nous permettrait de faire couler une phrase plus facilement, plus joliment, et ça ferait plus cool pour le lectorat (genre!). Plutôt que de répondre « Well I don’t think » (et risquer le discrédit à vie) ou « j’étais complètement lost, mais genre upset quoi, le crazy sujet qu’on a eu, omgbg, je te dis pas…. » (et risquer d’être qualifié de prétentieux), un simple « C’était dur, j’avoue ! Alors, on bosse la compta tonight ?  » sonne plutôt bien.

Etape 4 : la leçon que vous avez apprise.
Le franglais, on ne peut s’y détacher complètement (noooon, membres de l’académie française, ne partez pas !!), c’est comme les séries. A l’heure de la mondialisation (et même avant), on ne regarde pas uniquement PBLV, on regarde aussi Glee. Et on ne mange pas que du magret de canard aux noix (miam mioum) avec des pommes vapeurs, on mange aussi des chimichangas épicées avec un cheesecake en dessert. Alors, s’il faut utiliser une autre langue de façon trèès modérée pour sublimer votre langage, moi je dis why not.

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