Facebook : la « skybloguisation »

Facebook, tout le monde le connaît, sans forcément l’utiliser. Même le mec qui vient de passer un an dans la forêt Amazonienne à étudier la feuille de coca, a déjà, un jour, entendu parler de ce mot. C’est donc un phénomène de société absolument extraordinaire, qui a pu, depuis son envolée, vivre une introduction en bourse, une adaptation cinématographique…bref, véritable success story quoi.

Seulement, comme tout cycle de vie d’un produit, la phase de maturité est passée, et on est en train de rentrer doucement mais sûrement dans la phase de déclin. Le déclin de Facebook peut être traduit par beaucoup d’éléments, mais moi, j’ai envie de me pencher sur la skybloguisation de ce réseau, ou pour être plus claire, sur « l’effet kikoo lol » de ce réseau. Je ne sais pas si ce phénomène est mondial, mais en tout cas il est bien français.

Illustration parfaite d’un cycle de vie d’un produit

Les pré-ados, professionnels du déclin.
Vous vous souvenez sûrement de Skyblog ? La plateforme de blog de Skyrock, essentiellement utilisée par les djeuns de l’époque (ah oui, parce que blogspot et cie, c’était trop geek pour eux). C’était avant l’explosion du Web 2.0. Au début c’était intéressant à souhait, on pouvait parler de tout et n’importe quoi.  Puis, le phénomène s’était transformé et la cible principale était rapidement devenue les « djeuns kikoo-kéké-best4h », c’est-à-dire une cible particulièrement collégienne, illétrée, égocentrique et superficielle.

Facebook est fort malheureusement en train de connaître ce phénomène. Lorsque je venais de m’inscrire sur Facebook, c’était pour moi l’équivalence de Viadeo d’aujourd’hui : on y travaillait son image professionnelle et personnelle et on construisait un réseau potentiel. Parfois, c’était aussi l’occasion de retrouver des anciennes connaissances et de partager ses passions et idées. Bref, quelque chose d’intéressant et de stimulant. Et puis, un jour,  les pré-ados étaient arrivés. Les pré-ados sont connus sous le nom de « tweens » aux US et ils ont entre 8 et 13 ans. De la culture du personal branding, on est très vite passé aux pages du genre « Si toi aussi t’aimes pas l’école » (avec 40000 adhérents).

Le niveau en a pris un sacré coup.

« Rends-moi mon comm !! »

A l’époque de Skyblog, je veux dire lorsqu’il était définitivement dans la phase « kikoo-lol », l’intérêt de l’échange disparaissait complètement. En bas de chaque article, il y avait normalement une possibilité de commenter l’article. Forcément, quand une jeune fille de 14 ans publiait une photo avec sa copine, bouche bisous pleine de gloss (=duck face), et après avoir écrit un « my B3st4hHh jteIiim foRevRrr ! », il y avait souvent en dessous 500 commentaires. Et ce n’était pas des débats enflammés sur le sens de l’amour ou de l’amitié (ni des leçons d’orthographes en passant). Nooon. C’était des commentaires du genre « Voilà 50 comms pour toi, viens-voir mon blog et commente à ton tour steuplait ».

Facebook est vraiment en train de vivre ce phénomène à son tour, bien que c’est encore discret. Vous connaissez les « pages » Facebook, non ? Ce sont ces pages, qui ont progressivement remplacé les groupes. Les pages sont souvent entre les mains des entreprises qui utilisent FB comme un média (du genre Louis Vuitton). Il suffit donc d’aimer la page de ces entreprises pour qu’on puisse avoir des mises à jour régulières sur nos murs (publicités indirectes, photos, évènements…). Pourquoi pas. Puis, les pages plus « cool » arrivent en trombe. Des jeunes facebookiens ont trouvé une phrase sympa et véridique, les mettent en titre de page, puis les autres jeunes facebookiens aiment cette page, la trouvant toujours sympa et véridique. Là aussi, des mises à jour ont lieu, mais c’est beaucoup plus éloigné de l’usage des entreprises de Facebook. Les statuts des pages n’ont parfois rien à voir avec les mises à jour. Une page telle que « Si toi aussi tu aimes manger », mettrait des statuts comme « Tu as UN meilleur ami ? Clique sur j’aime. Tu as UNE meilleure amie ? Commente ». Et étrangement, les gens aiment ou commentent. Je sais, vous avez une question. Quel est l’intérêt ?  Mais le pire reste les commentaires de ces statuts de pages. Ce n’est pas encore très courant, mais j’ai pu voir, au milieu des coeurs et des j’aime, des commentaires du genre « j’ai commenté ton statut, rend-moi ce commentaire en allant voir ma page ! Et ajoute-moi ».

Attention, skybloguisation en vue.

Entre nom et pseudo, mon coeur balance
Sur Skyblog, personne n’exposait son nom/ prénom, chaque blog était régit sous un nom spécial qui qualifierait bien le blog. Ainsi, si un blog parlait cuisine, et était tenu par une certaine Lucie, alors il s’appelait « Lucie-cuisine ». C’était normal après tout.  Mais au fil du temps, ce nom spécial se transformait en un tintouin incompréhensible. Le même blog se transformerait en xx-f4Sh10n-LuLu-SiSi-cUpC4ke-xx. J’exagère à peine.

Avec Facebook, la tendance est la même. Au début, quand les adultes étaient encore les seuls acteurs sur ce réseau, alors, chacun s’appelait comme sur Linkedin. On parlait du Facebook de Lucie Lebon, par exemple. Eh bien oui, quand on parlait d’un réseau social professionnel, c’était obligé, un peu comme pour une carte visite. Cependant, avec le déclin actuel et l’arrivée des tweens sur ce marché, les noms complets, officiels, serious, tout ça, ben…ils ont disparu. Lucie Lebon est vite devenue : Lulu ShéRy Bella. Et quand on regarde de plus près, on voit très étrangement un : « Lulu Shéry Bella, née le 2 avril 1974, habite à c’est pas tes oignons, travaille à je suis le boss, etc., etc. ». Et là, vous comprenez.

Du respect de la loi.

Quand on demande donc à ces tweens pourquoi ils ont changé leur nom ainsi, on a toujours la même réponse : « Internet c’est dangereux, il y a des pédophiles, tout ça, faut se protéger ». C’est sûr que si vous regardez le spot de prévention du gouvernement sur les dangers d’Internet (et notamment le gros pervers à lunettes et la « charmante petite Anna »), vous vous dîtes que c’est pas faux. Seulement, je rappelle à chacun que Facebook, c’est interdit aux moins de 13 ans, déjà (ce qui élimine la majorité des tweens), pour justement éviter les débordements. Mais je rappelle aussi que c’est sensé être un « réseau social ». Un réseau social désigne par définition « l’ensemble des sites internet permettant de se constituer un réseau d’amis ou de connaissances professionnelles et fournissant à leur membres des outils et interfaces d’interactions, de présentation et de communication. ». Au vu de ces mots clés, on peut dire que pour Facebook, qui est un réseau principalement tourné vers les interactions sociales (davantage que Tumblr par exemple), l’anonymat est quand même quelque chose qu’il faut mettre de côté.  Donc, si on n’est pas capable de supporter cette condition, alors il faut arrêter de faire comme tout le monde et se désinscrire (ou ne jamais s’inscrire). Surtout qu’on a 8 ans.

A qui le tour ?

Le problème donc, vient du désir de ces tweens à se la jouer « adulte », ou s’approprier tous les acquis des adultes. Pourtant, à mon époque (il n’y a pas si longtemps tout compte fait), je jouais à Pokémon sur ma Gameboy Color violette, et il était hors de question que je me mette à faire des points de croix avec des fils DMC, comme ma mère. Aujourd’hui, ce genre de choses serait impensable. Bientôt, nous allons voir Viadeo aux mains de ces jeunes pré-ados. J’imagine bien la partie « CV » de ce réseau social se transformer en biographie folklorique, du genre « 2008-2009 : Rencontre de ma best que j’aime ; juin-juillet 2010 : Ardèche avec Emmy ;  Depuis septembre 2011 : En 5ème2 meilleure classe de Jean Moulin ». En fait, j’adorerais voir ça.

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Le laptop ou la malédiction des 2 ans

En Février, mon macbook a eu 2 ans (genre, la fille mais complètement desesperada qui se souvient même de l’anniversaire de son ordi). Et il faut dire qu’il tient bien : sans écorchures (ou presque) et toujours fonctionnel, il ressemble encore à son état de 2009, à peu de choses près.

Ci dessus : mon macbook, 2 years ago. Encore tout fresh.

Et pourtant, j’attendais février 2011 avec une certaine appréhension…parce que j’avais peur que mon macbook connaisse ce que j’appelle, la malédiction des 2 ans.

Oui, une malédiction, comme dans Vampire Diaries (ou dans Penelope. Ou dans tout contes et légendes folklores). Vous devez sûrement vous dire : « cette petite dinde ne sait plus quoi écrire, alors elle invente n’importe nawak ». Pourtant, c’est un fait que je ne suis sûrement pas la seule à notifier.
Vous avez remarqué, ce drôle de phénomène  ? Il y a deux sortes de laptop(1) qu’on peut trouver. Le premier, c’est le superman du laptop, celui qui résiste à tout, sans faille, et qui, au bout de 10 ans, a toujours la même tête. Mais il y a le deuxième, beaucoup plus fragile, et qui, bizarrement, au cours de sa deuxième année d’existence, meurt. Et ce, sans aucune raison vraiment valable. Très Vampire Diaries, non ?

Toutefois, une malédiction ne vient jamais comme ça, genre la foudre était passée par là et hop, malédiction. Il y a toujours une raison. Vengeance et mégarde sont souvent les causes principales des malédictions. Par exemple, Dans La Belle et la Bête (version de Disney), la sorcière veut punir le Prince de son coeur sec et dur comme une pierre et le transforme en La Bête. Alors, si le laptop meurt soudainement au bout de 2 années, c’est qu’il y a aussi une raison. Peut être les proprio ont un peu trop abusé du téléchargement massif, en bourrant le laptop de films et mp3 par millions. Ou du je-laisse-tomber-l’ordi-par-terre. Et si le laptop a été victime d’un cycle de production défaillant à la Toyota, ne vous étonnez pas qu’au bout de 2 ans, le pauvre lâche l’affaire.

Dans La Belle et la Bête (Disney), quand la sorcière veut punir le Prince méchant.

Et comme vous savez, derrière toute malédiction, il y a une solution pour la briser. La solution est souvent jolie et lyrique. Dans le film Pénélope (de M. Palanski, avec James McAvoy et Christina Ricci),  la fille a un nez de cochon et elle ne peut s’en libérer que si elle épouse un noble. Alors, pour la malédiction des 2 ans du laptop, il y a aussi une solution magique et lyrique. Aller dans le grand champ de lumière (=le supermarché), sortir la clé dorée (=la carte bleue), récupérer le trésor (=le laptop) et protéger le tout d’un voile d’argent (=l’extension de garantie).  Et la malédiction serait brisée. Cependant, tout comme les autres contes qui comptent plusieurs tomes, cette malédiction ne serait peut être pas brisée à jamais, elle peut revenir deux ans plus tard.

Christina Ricci qui interprète Pénélope, dans le film du même nom.

En fait, une malédiction, que ce soit chez Vampire Diaries, la Belle et la Bête ou Pénélope, c’est vraiment la personnification du cycle d’un produit, quand on y pense.

(1) Oui, je préfère dire Laptop que PC portable, c’est plus facile comme ça d’englober le macbook là dedans. Bien sûr, je pouvais aussi parler d’ordinateur portable, mais reconnaissez que c’est pas joli joli à dire.