Fifty shades of what ?

fifty shades

Vous n’êtes sûrement pas passés outre ce petit phénomène « littéraire » qui a explosé outre-atlantique et outre-manche (c’est moi où c’est un buffet à volonté de « outre » ?) qui s’était immiscé chez nous depuis début octobre. Je parle évidemment de Fifty Shades Of Grey, ou en Français Cinquante nuances de Grey, le fameux roman érotique-sado-maso (sisi) dont raffolent les ménagères de 25-45 ans. Les gens parlaient de révolution des moeurs, de libération sexuelle ou de conte de fée des temps modernes. Curieuse devant tant d’engouement, et parce que j’avais des chèques lecture (gentiment offerts par ma boîte) à dépenser, je m’en vais donc acheter un exemplaire du 1er tome dans un Gibert. Et que fut ma déception ! Non pas parce que je ne suis pas fan de ce genre, ni parce que je m’étais armée d’un certain courage pour l’avoir acheté (vous voyez ce que je veux dire), mais parce que j’ai eu l’impression d’avoir jeté mon temps par la fenêtre, après l’avoir bien piétiné. Je vais essayer de comprendre, avec vous, le succès et l’intérêt de cet ouvrage (parce que, personnellement, c’est drôlement dur).*

Une littérature innovante ?

harlequin premiere de couv

Une parfaite illustration d’un Harlequin

Aux Etats-Unis, Fifty Shades est considérée comme de la nouvelle littérature, ou plutôt celle qui a su donner un souffle salvateur au genre érotique, un peu sous-estimé et oublié ces temps derniers. Ça semble prometteur. Mais moi je vais vous demander : vous vous souvenez de ces livres « Harlequin » (aujourd’hui, un peu remplacés par le label « Little red dress ») ? Une bonne petite centaine de pages, qui retrace l’histoire ô combien vibrante d’une femme et d’un homme, avec des scènes olé-olé par ci, par là. Sans oublier une première de couverture indescriptible, représentant souvent le couple sur le point de s’embrasser et avec un fond un peu en velours grenat. Bref, du pur chef d’oeuvre. Eh bien, pour moi, Fifty Shades ne ressemble ni plus ni moins à un gros Harlequin. Toc. Voilà, c’est dit. Les fans de Mrs E.L James me diront, en clâmant haut et fort : « mais non, mais non, ça n’a rien à voir, ici on ne parle pas d’une romance classique, ça parle de quelque chose de plus profond ». Je cherche. Je ne vois toujours pas en quoi l’histoire d’Anastasia et de Grey diffère des autres Harlequin, si ce n’est que ça gifle et ça se fouette de partout. J’ai même envie de dire que les Harlequin nous permettent – dans un sens – de rêver un peu, de croire au true love, tout ça tout ça. Fifty shades nous donne juste envie de dire parfois « WTF ». C’est sûr que de ce côté là, c’est plutôt innovant.

Des personnages enrichissants et une intrigue vibrante ?

Grey et Ana, une relation tout aussi complexe que Mme de Clèves et le duc de Nemours ?

Grey et Ana, une relation tout aussi complexe que Mme de Clèves et le duc de Nemours ?

L’histoire d’amour dont relate ce livre est celle d’Anastasia Steele, une petite étudiante de dernière année, avec Christian Grey, un jeune milliardaire à la tête d’une multinational. Deux personnes d’une classe sociale différente, aux problématiques différentes, qui se rencontrent et se plaisent…les gens considèrent ça comme le Cendrillon des temps modernes. Suis-je la seule à penser que ce sont les deux personnages les plus plats du monde ? On ne sait finalement rien d’eux, à part qu’Ana est une jeune demoiselle influençable qui doute et qui pleure pour un rien, et que Grey est un mec froid, distant et sadique. Le premier tome fait 500 pages, et je suis même incapable de vous donner une petite description physique à part « ils sont beaux ».
Et cette intrigue…que dire de l’intrigue, à part que c’est la plus inutile au monde ? Au moins, les Harlequin ne font que 120 pages, du coup, la platitude de l’intrigue passe comme de la crème. Mais Fifty Shades qui se la joue Ordre du Phénix,  c’est tout sauf intéressant. 500 pages  les amis, 500 pages pour se demander si Ana aime ou pas cette relation dominant/dominé, alors qu’en réalité, on n’en a besoin que de cinq : une pour présenter les personnages (vue leur profondeur ça va être rapide), une deuxième pour présenter leurs habitudes, une troisième pour présenter les tendances bizarres de Grey et les deux dernières pour voir ce qu’en pense Ana. Rapide, pas cher, même succès.

Une plume magique ?

Parce que les ventes ont été nombreuses, on pense forcément que E.L James écrit magnifiquement bien, en nous transportant dans les aventures de ces deux héros des temps modernes. Effectivement, Stendhal a de la grande concurrence, les descriptions sont à couper le souffle, j’ai eu les larmes aux yeux en imaginant la chambre rouge de torture, j’ai découvert en Grey l’homme de ma vie…non je déconne. Le style de E.L James est un peu médiocre. Il manie bien volontiers des courtes phrases sans intérêt, des mots familiers rajoutées en italique par ci par là (tels que « P*tain ! », « M*rde ! »…). Et pire encore, une bonne vingtaine de pourcent de cet ouvrage est consacré à un échange de mails entre Grey et Anastasia. Utiliser les mails à bon escient, pourquoi pas, mais à tort et à travers comme ici, je n’adhère pas du tout. On a l’impression d’avoir affaire à de la littérature de jeunesse, telle que Le Journal d’Une Princesse (Meg Cabot), où on retrouve beaucoup ce style d’échange.

Mais ma colère envers ce livre, c’est qu’en réalité, le style d’écriture de E.L James me fait peur. Il me fait peur car je me demande : comment a-t-elle eu autant de succès en écrivant comme ça ? Cela prouve-t-il que le 21ème siècle sonne le glas de l’ingéniosité, au point que le peuple se contente un peu de tout et n’importe quoi, tant que cela « buzze » ? Je sais ce que vous dîtes : « cette mistinguette est si arrogante ! Comment peut-elle dire cela alors qu’elle n’a pas écrit un seul mini livre ? ». Mes amis, je me permets d’être aussi critique car au vue du succès que remporte ce Fifty Shades, j’ai bien le droit d’être hyper exigeante à la lecture. Un peu comme quand on va prendre un chocolat chaud chez Ladurée, on ne s’attend pas à de la qualité eau façon McDo, mais bien à une boisson veloutée, parfumée, qui nous ferait voyager.

La moralité de cette histoire, c’est combien même vous croiseriez un livre en top number one des best sellers du mois de la vitrine d’un press relay de Gare du Nord, aux côtés d’Amélie Nothomb, méfiez-vous ! Car tout ce qui brille n’est pas or…

* Cuidado, ceci n’est pas une critique, mais davantage l’ébauche d’une pensée un peu révoltée face à tout ce qui buzze pour un rien (j’aurais pu parler du Gangnam Style ou plus d’actualité : Harlem Shake…)

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Journée musicale

Notre voiture, c’est un peu cette zone de non-lieu, de sécurité, dont on a réellement besoin avant de se « montrer en public » ou après s’être « confronté au public ». Non parce que le bruit du moteur fait remonter quelques souvenirs de départ en vacances, ou que la boîte à gants regorge de choses super secrètes à découvrir. Mais parce que la voiture nous permet de profiter de ce trésor indéniable : la radio. Allumer la radio, c’est un peu le réflexe de tout le monde quand il monte dans une voiture (sauf peut être des gens comme ma mère). On a parfois un CD ou un MP3, avec nos morceaux préférés. Mais on a aussi nos stations favorites, selon la période de la journée ou selon notre humeur. Et bizarrement, on a à peu près tous les mêmes rituels.

Il est 7h53, la vie est dure, on est dans la voiture, nos Chocapics encore lourds dans l’estomac, et pourtant, on est obligé de prendre le volant (pour travailler ou pour faire des courses matinales). Naturellement, on évite de mettre sur Radio Classique (si l’onde, on connaît haha), parce que sinon, en deux temps trois mouvements, on serait étrangement endormis, comme si le marchand de sable était passé par là. Alors, pour éveiller notre cerveau, rien de mieux qu’une radio d’infos et de débats virulents, comme seule RMC peut nous offrir le matin (avec JJB). De ce fait, on ne risquerait pas d’oublier qu’il y a une réu’ importante avec le manager ou qu’il faut acheter les salsifis pour la crémaillère de Sophie, parce qu’on a eu le temps de s’indigner ou s’émoustiller pour la nouvelle info croustillante du jour.

14h05, après la pause déjeuner, nous voilà encore contraints de faire face à ce fichu volant. Mais le problème, c’est que cette période post-déjeuner, c’est la période de digestion. « Micro-sieste, nous scande les livres, en quatre minutes, vous vous régénérez complètement ». Trop drôle, vas-y que je t’en donne moi de la micro-sieste en voiture (surtout que ça risquerait de se transformer en grosso-sieste). La solution ? Rien de mieux qu’une radio, comme RTL2, qui peut nous faire chanter quelques classiques (ou pas) de la pop rock en yaourt (« Mamaaa ouhouhou, I don’t wanna die na-na-na-na-na…carry oooon, carry oooonn as if nothing really matters »)

17h49, retour de boulot, de courses, de balades diverses, on se retrouve encore dans la voiture…avec un gros mal de tête en perspectives. Tout ce dont on a besoin, c’est une ambiance culcul la praline faisant croire qu’on est encore des êtres humains dans le meilleur des mondes possibles. Alors, là, une station incontournable :  NRJ. La seule radio où on peut entendre (non sans agacement) le genre « Friday » de Rebecca Black. En entendant cette petite chanter « yesterday was Thursday, today is Friday, tomorrow is Saturday and Sunday comes after wards », on se dit qu’on est loin d’être les gens les plus bêtes du monde. Gros big up pour le moral, non ?

21h32, un dîner ou une soirée se profile, mais comme d’habitude, ça se trouve à Plouckville, et du coup, voiture obligée. A l’aller, avec quatre amis sans permis et le chauffeur (en l’occurrence, nous), c’est une ambiance endiablée. Alors bien souvent, on ne sait jamais sur quelle station on est mais dès qu’on entend des morceaux qui bougent à la Black Eyed Peas, on met un peu fort et on fait des « houuhouu » avec les copilotes, jusqu’à l’arrivée à Plouckville.

03h17, La nuit vient à sa fin. Tout le monde est un peu bourré, bien fatigué, et surtout heureux d’avoir une voiture pour rentrer. Tellement heureux que dès qu’ils se placent dans la voiture, ils s’endorment profondément. Nous voilà donc seul, au milieu de la nuit noire, dans un état de fatigue aussi (après cette longue journée). Mais c’est notre voiture, alors, il faut y aller.  Ainsi, la meilleure station adéquate est celle qui propose des chansons reposantes, clichées, sans trop aller dans le soporifique. C’est donc avec un certain naturel qu’on va sur Chérie FM, pour accompagner Mariah, Céline ou Christina, dans leur ballade (ceci dit, on galère pour passe d’un octave à un autre comme elles). Et en rien de temps, nous voilà arrivés à destination.

Alors, conclusion de cette journée très musicale dans la voiture, c’est qu’il n’y a pas de sotte station de radio, comme il n’y a pas de sot métier, mais c’est surtout notre usage de cette station qui la rend utile, ou non.

Crédits photo : Getty Image